Suite de l’article La Dr Cécile Sénémeaud reçoit le Prix Arnault Tzanck 2024, issu de la revue trimestrielle Le DSB de septembre 2024, pour expliquer plus en détail l’importance de financer les équipes de recherches dont le travail fait avancer la transfusion sanguine.
A quoi servira la dotation du Prix ?
La dotation de 40 000 € permettra de démarrer le projet dès septembre 2024. Ensuite et surtout, elle permettra de recruter un ingénieur de recherche dans le but de mener une première étude corrélationnelle pour déterminer l’existence d’un lien entre la perception d’incontrôlabilité du don et les émotions négatives anticipées et vécues durant le parcours de don, au sein d’une population spécifique de primo-donneurs. Cette étude est une étape initiale incontournable pour démontrer ensuite le rôle étiologique de l’intolérance à l’incontrôlabilité dans la survenue des malaises vagaux et optimiser le parcours de don dans le but de réduire l’anxiété des primo-donneurs et leur permettre de vivre une expérience de don positive.
Les malaises vagaux : un enjeu de santé publique
En France, les malaises vagaux (immédiats et retardés confondus) liés au don de sang représentent plus de 85 % des évènements indésirables rapportés par les donneurs et sont en augmentation depuis 2017. 36 donneurs sur 10 000 sont concernés et le taux d’incidence est deux fois plus élevé chez les primo-donneurs. Les données internationales quant à elles font état de 55 cas sur 10 000 et 190 cas sur 10 000 pour les primo-donneurs.
Ces malaises étant la raison la plus significative de ne pas vouloir redonner, leur prévention est donc indispensable pour garantir la sécurité et la santé des donneurs et assurer le retour au don.
La littérature scientifique s’est emparée de ce sujet depuis une bonne quinzaine d’années pour tenter de mieux comprendre les facteurs de risque et ce qui amène à expérimenter un malaise vagal, mais également les dispositifs pour les réduire.
Comprendre l’anxiété, la peur et les malaises vagaux
Concernant le malaise vagal, les facteurs de risques sont de différents ordres.
- Il y a d’abord les caractéristiques socio-démographiques. En effet, les femmes et les jeunes ont davantage de risques d’expérimenter une sensation de malaise.
- Il y a ensuite les caractéristiques physiologiques. Un faible poids corporel ou une faible tension artérielle peuvent également amener à une sensation de malaise.
- Il y a enfin des facteurs psychologiques, qui sont en lien avec les états émotionnels qui vont être expérimentés en amont et au moment du don. Il y a d’abord l’anxiété qui va être liée à la situation de prélèvement, puis différentes peurs comme la peur du sang, la peur du prélèvement, de la douleur de l’aiguille, mais également de faire un malaise.
La littérature scientifique n’a pas abordé tous ces facteurs et il reste quelques zones d’ombre. En effet, ces différents états émotionnels négatifs sont rarement mesurés de façon concomitante, ce qui fait que l’on ne sait pas exactement si c’est davantage l’anxiété ou les peurs qui sont à l’origine de l’expérimentation de malaise. Mais surtout, on trouve très peu d’études, voire pas, qui se sont intéressées aux états psychologiques à l’origine de ces états émotionnels négatifs, c’est-à-dire ce qui peut expliquer l’état d’anxiété lié au prélèvement. Ce que l’on trouve dans la littérature quand on s’intéresse aux états anxieux, c’est que ceux-ci sont fortement liés à ce qu’on appelle la perception d’incontrôlabilité ou, pour le dire autrement, la faible tolérance à l’incontrôlabilité et le fait que cette perception d’incontrôlabilité puisse aussi bien expliquer l’anxiété que le maintien des états anxieux.
Le premier aspect de ce projet va consister à déterminer l’existence d’un lien entre la perception d’incontrôlabilité du don et les émotions négatives anticipées et vécues durant le prélèvement de sang ou de plasma, et le second à comprendre pourquoi les deux sont liés, afin de mieux prévenir les malaises.
Mieux accompagner les donneurs
La littérature s’intéresse également aux mesures préventives et on va y trouver différentes stratégies de prévention qui ont fait leurs preuves et dont certaines ont déjà été expérimentées par des chercheurs de l’EFS Auvergne-Rhône-Alpes il y a quelques années.
On sait par exemple qu’ingérer du liquide ou faire de l’exercice musculaire pendant le don permet de réduire les malaises. Il y a également des mesures distractives comme écouter de la musique ou regarder un film, mais aussi des stratégies psychologiques comme l’éducation sur la base de flyers par le biais desquels on discute des peurs avec les donneurs pour les amener à y faire face. Il existe également des stratégies de soutien social au moment du don et enfin des stratégies thérapeutiques comme la relaxation ou la respiration.
Si ces stratégies prouvent la plupart du temps leur efficacité car, quand elles sont mises en application, il y a moins de malaises par rapport à des situations contrôle, on trouve très peu d’études dans la littérature qui se sont demandé pourquoi. En effet, très peu d’études démontrent que ces stratégies font effectivement baisser l’anxiété ou les peurs et permettent ainsi de réduire la sensation de malaise.
Le projet va donc consister à établir, mettre en place et tester une nouvelle mesure préventive des malaises dans le but d’amener les donneurs à se sentir davantage en capacité, aussi bien de contrôler la situation de prélèvement que de tolérer ce qui ne peut être contrôlé.
Le projet ControlDon : une opportunité scientifique et communautaire
Le projet ControlDon est une opportunité scientifique mais également communautaire importante. Au niveau scientifique, c’est un projet précurseur et inédit en France mais également par rapport à littérature internationale : aucun essai randomisé contrôlé n’a été mené pour tester l’effet du renforcement du sentiment de contrôle sur la prévention de l’anxiété et des peurs en lien avec les malaises vagaux et le retour au don. Concernant la communauté des donneurs, et plus particulièrement des primo-donneurs, si le projet ControlDon confirme le lien entre le sentiment d’incontrôlabilité, l’anxiété pré-don et la prévalence des malaises vagaux immédiats, il permettra d’envisager l’intégration d’éléments nouveaux dans le parcours du don, comme le fait de systématiser l’évaluation de l’anxiété ressentie ou la réalisation d’ateliers permettant de rehausser le sentiment de contrôle. En somme, le projet ControlDon permettra ainsi de :
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Mieux comprendre et anticiper l’expérience négative lors d’un premier don pour
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Mieux accompagner les primo-donneurs dans leur parcours de don.
La Fédération remercie les membres du jury pour leur investissement et tous les participants de l’intérêt porté au Prix Arnault Tzanck.

